L'entrée en matière me pose problème alors pour éviter ça, bâclons les préliminaires.
Célébrons d'abord les belles choses : le diplôme ! La licence tant attendue est désormais dans ma poche, sésame pour... pour quoi d'ailleurs ? La question demeure, mais qu'importe, pour l'instant, je suis officiellement bac+3. Ca ne fut pas facile, mais ça y est. Les vacances ! 3 semaines à dorer sous le soleil du sud, mises à profit pour lire. Que du bonheur. 1 semaine à Oléron entre potes au mois d'août, délicieuse surtout parce qu'Il était là, et que ce temps passé ensemble fut précieux... Contente également d'avoir enfin expérimenté les vacances avec Jc ! Le déménagement. Le moment de quitter ma banlieue préférée (ahem) est enfin arrivé, et cela ne peut etre qu'une excellente chose. Revoir ses amis d'enfance aussi, et revoir Adeline, désormais accompagnée d'un fiancé, d'un enfant et d'un autre en préparation à tout juste 21 ans, ça fait plaisir (même si ça soulève d'autres interrogations que vous imaginez sans mal).
Mais la vie n'étant pas un long fleuve tranquille, tout cela ne pouvait pas être si simple. Les lettres sont apparues pour moi, dès le collège, comme une passion. Bornée, je n'ai voulu faire que ça et la fac de lettres semblait donc une évidence. Au fil des ans, tout le monde me demandait ce que je ferais de mon diplôme littéraire, puisque être prof n'a jamais fait partie de mes projets. Et bornée, je répondais « J'ai encore du temps pour y penser ». Mais voilà, le temps passe, souvent plus vite qu'on ne le voudrait, et me voilà avec ma licence qui est, je le reconnais enfin, totalement inutile. C'est beau sur le papier, de dire qu'on est bac+3 et qu'on a une licence en lettres modernes. Seulement la passion qui fut la mienne ne me mène qu'à une chose : être contrainte de me réorienter et de me retrouver à un endroit où je n'ai pas envie d'être, à faire quelque chose que je ne veux pas faire. Non, je n'ai pas envie d'aller à Nanterre pour faire une licence d'administration publique. Je suis bien consciente que mon problème est un problème de motivation et d'ambition. Ambition inexistante qui fait que si l'on me demande ce que je VEUX faire, je suis incapable de répondre. Ca me semble aberrant de demander à quelqu'un qui n'a que 20 ans ce qu'il va faire de sa vie. Je conçois aisément que certaines personnes soient sures de ce qu'elles vont faire, mais moi j'ai la conviction que tout ce qui touche aux lettres est enrichissant pour sa culture et son savoir, mais pauvre pour son compte en banque. Non je ne suis pas vénale, ni radine, ni obsédée par l'argent, je fais juste le choix d'avoir un boulot fonctionnel plutôt que passionnant. Je vais garder la passion pour les loisirs. Enfin, l'avenir reste assez brumeux...
Tout ceci ne semble vraiment pas grand-chose face à ce qui accapare mon esprit en ce moment. Après avoir dénigré une vieille connaissance qui est partie faire des études de mode au Québec, et une autre qui s'est fait payer un voyage de plusieurs mois en Australie, mon père m'a dit « qu'est ce qui se passe, t'es jalouse ou quoi ?! ». Sur le coup je n'ai pas percuté. Mais ouais, je suis jalouse. Jalouse parce que ces gens là ont de la chance. De la chance d'avoir décidé de partir loin pour faire des trucs qu'ils ont vraiment envie de faire, et de la chance d'avoir des parents pour financer ce qui m'apparaît parfois comme un délire. J'ai eu du mal à comprendre que cette fille qui a passé son année de terminale à boire, à sortir, à fumer et à se taper tous les mecs du coin, qui a lamentablement bâclé ses cours, qui a eu son bac un peu par hasard, un peu par l'opération du saint esprit, de justesse, se voit autorisée à partir faire exactement la même chose à l'autre bout du monde. Donc oui, je suis jalouse, et les méthodes d'éducation de leurs parents ne sont qu'un prétexte, parce que le fond du problème, c'est que je suis jalouse, dégoûtée et triste d'apprendre que tout le monde autour de moi se casse à des milliers de bornes, vivre leur vie, pendant que moi je reste ici à alimenter ma petite vie qui me parait définitivement nulle par rapport à celle des autres... Norvège, Floride, Canada, Pays Bas, Grèce. Et moi ? Allers-retours entre Nanterre et le Plessis. Exotique.
Tout ce qui me rend si amère ne découle que d'une chose : son départ. J'espère que les quelques amis auxquels je tiens passerons par là lire ça, parce que leur dire ce que je ressens me parait impossible, et qu'écrire est plus facile. Alors voilà, à ceux qui me disent « Oh, t'as l'air forte, en toutes circonstances... », Non, vous avez tort. Parce qu'aujourd'hui je suis partagée, encore une fois saisie de plusieurs émotions.
Premièrement, je déteste que tout le monde doute de nous, que tout le monde refuse de donner du crédit à notre relation. Oui, c'est vrai, je l'ai « trouvé » sur Internet, oui c'est vrai, au début je n'en voulais pas, sauf peut être pour passer le temps. Oui, j'ai été assez horrible pour le lui dire, et lui assez gentil pour ne pas m'envoyer paître, et assez entêté pour me faire changer d'avis. Mais un matin, je me suis réveillée, il était là, il m'a juste dit « Bonjour », et ce jour là j'ai su que je tenais un truc précieux, un truc qu'il ne fallait pas gâcher... Et oui c'est niais, mais c'est comme ça. Je me doute bien qu'à la lumière de mon passé, vous pouvez douter de mon attachement, mais ce qui se passe maintenant devrait vous faire changer d'avis. Jusqu'à la semaine précédant son départ, je me suis dit que ça allait le faire, que 8 mois c'était pas si long que ça, que j'allais avoir plein de trucs à faire pendant l'année, que ça passerait vite et qu'à peine le temps de me dire qu'il me manquait il serait là...
Alors le partage il est là : par moments je me dis « ça va le faire, si on s'aime on va y arriver, c'est une épreuve dont on sortira plus forts, ça ne peut etre que bénéfique ».
Et puis je me dis que c'est une super opportunité pour lui, pour ses études, pour sa culture...
Mais voilà, le coté obscur de la force fait surface. Je lui en veux de m'avoir laissée ici toute seule, je lui en veux d'être partie, et je lui en veux surtout d'être plus fort que moi. J'ai l'impression que c'est facile pour lui, parce qu'il est avec ses potes, qu'ils se marrent toute la journée, qu'ils vivent tous ensemble, qu'il n'a pas l'air de souffrir...
Je me dis que je suis ridicule et complètement crétine d'être dans cet état là, parce qu'il n'est pas mort, il ne m'a pas quittée, il est juste parti faire ses études un peu loin. Mais je ne peux pas, j'ai mal. Je me sens totalement idiote en écrivant ça, c'est stupide de frôler la dépression pour « si peu ». Je dors mal, je pleure pour un rien, je n'ai pas envie de me lever le matin, j'ai envie de m'endormir et de me réveiller en avril. Il est parti depuis une semaine, et des idées folles m'ont déjà effleurée. J'ai pensé qu'il fallait que je le quitte, pour qu'il vive son expérience à fond sans m'avoir sur le dos, j'ai pensé qu'il fallait qu'il me quitte, pour que je puisse avoir moins mal, ou du moins mal pour quelque chose, et avoir une bonne raison de passer à autre chose. Mais en fait non, je veux qu'il reste, je veux qu'il revienne, je veux que ces 8 mois d'absence ne changent rien. J'ai peur, j'ai mal parce qu'il me manque horriblement, et parce que j'ai super peur. Peur qu'à force d'être loin on s'éloigne vraiment, qu'on se lasse et que l'un de nous décide que ça ne sert plus à rien d'attendre.
J'exhibe un peu ma douleur, mais après tout, c'est mon site, et ensuite, ça permettra peut être à mes ami(e)s de comprendre que je les aime tjrs autant, mais que pour l'instant j'attends.. Ca ne durera pas 8 mois, parce que j'espère que le temps m'apaisera un peu, et que le fait d'être occupée m'empêchera de trop y penser. Priez pour que ça marche, priez pour qu'il me revienne, et pour que j'aie la force d'attendre sans flancher.
Félicitations à tous ceux qui ont eu leur année, leur diplôme, leur bac. Si vous êtes en couple, profitez de l'avoir à vos côtés. Quant aux célibataires, j'ai envie de vous dire qu'on vous vend du rêve alors qu'en vrai ça fait mal d'être amoureux, mais je sais que vous chercherez quand même, parce qu'au fond, on aime bien avoir mal, ça nous fait exister.
Bien à vous.